Parler au présent pour gagner en directivité dans un échange téléphonique

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« Je vais vérifier votre dossier. » Cette phrase paraît anodine. Polie, même. Pourtant, elle installe un doute minuscule dans la tête du client. Vérifier, oui, mais quand ? Le « je vais » repousse l’action à plus tard, dans un futur flou. Comparez avec « Je vérifie votre dossier ». L’action se passe maintenant. Il entend que vous agissez pendant qu’il écoute.

Voilà toute la directivité au téléphone. Pas une question d’autorité ou de fermeté, mais de précision dans le choix des mots. Sans visuel pour rassurer, le client se raccroche au sens des verbes. Et selon le temps que vous employez, il perçoit une action en cours ou une promesse vague. Le présent rapproche. Le conditionnel et le futur éloignent. Ce simple déplacement transforme la perception du service rendu, et c’est l’un des réflexes qu’on travaille dans nos formations à la relation client au téléphone.

La directivité, ce n’est pas l’autorité

Première confusion à lever. Gagner en directivité ne signifie pas devenir directif au sens autoritaire. Personne ne demande de donner des ordres ni de couper la parole. La directivité dont on parle ici est linguistique. Elle consiste à formuler ses phrases de façon à montrer une action immédiate, concrète, en train de se dérouler.

Un conseiller directif rassure parce qu’il donne à entendre qu’il prend les choses en main, tout de suite. Un conseiller flou, lui, multiplie les « je vais », les « je pourrais », les « il faudrait que », et chaque formulation conditionnelle creuse une distance avec le client. La nuance se joue sur quelques mots, mais l’effet sur la confiance est énorme.

Le présent d’action, votre meilleur allié

Le cœur de la méthode tient en une règle simple. Parlez au présent pour montrer une action immédiate. Le présent ancre l’action dans l’instant, le client la perçoit comme déjà engagée.

Quelques transformations qui changent tout.

  • « Je vais vérifier » devient « Je vérifie ».
  • « Je vais vous mettre en relation » devient « Je vous mets en relation ».
  • « Je vais regarder ça » devient « Je regarde ça avec vous ».

À chaque fois, le client n’entend plus une intention, il entend une action en cours. Cette présence verbale le rassure mieux qu’une promesse, parce qu’elle se déroule en direct.

Le conditionnel et le futur, ces voleurs de confiance

Le conditionnel est le pire ennemi de la directivité : « Je pourrais vous proposer », « il faudrait peut-être », « ce serait possible de »

Chaque conditionnel installe une incertitude, comme si l’action restait hypothétique. Le client se demande si les choses vont vraiment avancer.

Le futur pose un problème voisin. Il repousse l’action dans un ailleurs temporel. Regardez la différence.

  • « Je vous rappellerai » devient « Je vous rappelle la semaine prochaine ».
  • « Vous recevrez votre attestation à partir de lundi » devient « Vous recevez votre attestation à partir de lundi ».
  • « Je me permettrai de vous recontacter » devient « Je vous recontacte jeudi ».

Le présent associé à un repère temporel précis fait des merveilles. « Je vous rappelle la semaine prochaine » contient à la fois l’action présente et l’échéance claire. 

Le client sait exactement ce qui se passe et quand. Plus aucune zone d’ombre.

Sortir de l’impératif sans perdre en clarté

Attention au piège inverse. Pour gagner en directivité, certains basculent dans l’impératif.            « Patientez un instant », « donnez-moi votre numéro client », « envoyez-moi le document ». L’impératif donne un ordre, et l’ordre braque le client, surtout au téléphone où le ton est déjà difficile à doser.

La solution consiste à reprendre la main sur l’action, sans la rejeter sur le client. Observez le glissement.

  • « Patientez un instant » devient « Je vous fais patienter un instant ».
  • « Donnez-moi votre numéro client » devient « Quel est votre numéro de client, s’il vous plaît ? ».
  • « Envoyez-moi le justificatif » devient « J’ai besoin de votre justificatif pour avancer sur votre dossier ».

Dans le premier cas, c’est vous qui pilotez l’attente, pas le client qui subit un ordre. 

Dans le deuxième, la question polie obtient la même information sans la sécheresse de l’injonction. Le client coopère parce qu’il se sent respecté, pas commandé.

Bannir le « j’aurais besoin de »

Cas particulier, mais tellement fréquent qu’il mérite son paragraphe. Le « j’aurais besoin de » est un réflexe de politesse mal placé. Le conseiller croit adoucir sa demande avec le conditionnel, alors qu’il l’affaiblit.

« J’aurais besoin de votre adresse » sonne hésitant et presque gêné, comme si finalement l’adresse n’était pas importante. « J’ai besoin de votre adresse » affirme le besoin réel, clairement, sans agressivité. Le présent ne rend pas la demande brutale, il la rend nette. Et la netteté rassure le client autant qu’elle fait gagner du temps.

Tableau récapitulatif des reformulations directives

Pour ancrer la méthode, voici les transformations les plus utiles au quotidien.

 

À éviter À privilégier Pourquoi

Je vais vérifier

Je vérifie Action immédiate, pas différée

Je vous rappellerai

Je vous rappelle la semaine prochaine Présent + repère temporel précis
Vous recevrez votre attestation Vous recevez votre attestation dès lundi Action engagée, échéance claire
Patientez un instant Je vous fais patienter un instant

Le conseiller pilote, le client ne subit pas

Donnez-moi votre numéro client

Quel est votre numéro de client, s’il vous plaît ? Question polie au lieu d’un ordre
J’aurais besoin de J’ai besoin de

Demande nette, sans hésitation

Je me permettrai de vous rappeler

Je vous rappelle

Action directe, zéro circonvolution

Je pourrais vous proposer Je vous propose

Affirmation, pas hypothèse

Pourquoi ça marche, côté client

Derrière la technique, il y a un mécanisme simple. Au téléphone, le client navigue à l’aveugle. Il ne voit pas le conseiller pianoter sur son clavier, consulter un écran, ouvrir un dossier. Sa seule fenêtre sur l’action, c’est le langage. Quand ce langage parle au présent, le client se représente l’action en train de se faire. Quand il parle au futur ou au conditionnel, le client se représente une action lointaine, incertaine, peut-être jamais réalisée.

La directivité linguistique comble ce vide visuel. Elle transforme des mots en preuve d’action. Et un client qui perçoit l’action en cours patiente mieux, s’agace moins, et garde une bien meilleure impression de l’échange. Cette logique rejoint d’ailleurs les principes de la communication assertive, où l’on affirme sans agresser.

Les pièges à surveiller

La méthode est simple, mais quelques réflexes tenaces résistent. Voici les points qui demandent de la vigilance au quotidien.

  • Le « je vais » automatique, qui revient dès qu’on ne se surveille plus. C’est le tic le plus difficile à déloger.
  • La fausse politesse du conditionnel, qui fait croire qu’on adoucit alors qu’on affaiblit.
  • L’impératif déguisé, quand on remplace un ordre par un autre au lieu de reprendre la main sur l’action.
  • Le présent sans repère temporel, qui rassure sur l’action mais laisse le client dans le flou sur l’échéance. « Je vous rappelle » gagne toujours à devenir « Je vous rappelle jeudi matin ».
  • La directivité poussée trop loin, qui vire à la sécheresse. Le but reste de rassurer, pas d’expédier.

S’entraîner pour ancrer le réflexe

La directivité ne se décrète pas, elle se muscle. Le réflexe du présent d’action met du temps à remplacer les habitudes de langage, souvent installées depuis des années. Trois exercices accélèrent la bascule.

  • Réécouter ses propres appels, avec l’accord des interlocuteurs et dans le respect du RGPD, en comptant les « je vais » et les conditionnels. Le constat chiffré déclenche la prise de conscience.
  • Travailler en binôme, un collègue traque les formulations floues pendant que l’autre passe ses appels, puis on inverse les rôles.
  • Afficher les reformulations clés près du poste, le temps que le présent d’action devienne naturel.

 

Ce travail de précision linguistique fait partie intégrante de nos formations à la relation client au téléphone et de notre formation de conseiller clientèle, avec des mises en situation enregistrées et débriefées. Parce qu’un conseiller qui parle au présent rassure mieux, et un client rassuré reste fidèle.

Qu’est-ce que la directivité dans un échange téléphonique ? 

La directivité téléphonique consiste à formuler ses phrases pour montrer une action immédiate et concrète, surtout par l’emploi du présent. Elle n’a rien d’autoritaire. Elle rassure le client en lui donnant à entendre que le conseiller agit pendant l’échange, plutôt que de promettre une action future et incertaine.

 

Pourquoi faut-il parler au présent au téléphone ? 

Parce que le présent ancre l’action dans l’instant. Le client, qui ne voit pas le conseiller agir, se raccroche au sens des verbes. « Je vérifie » lui montre une action en cours, là où « je vais vérifier » repousse l’action à plus tard et installe un doute. Le présent transforme les mots en preuve d’action.

 

Pourquoi éviter le conditionnel et le futur en relation client ? 

Le conditionnel installe une incertitude, comme si l’action restait hypothétique. Le futur, lui, éloigne l’action dans le temps. Les deux affaiblissent la perception du service rendu. « Je vous rappelle la semaine prochaine » rassure davantage que « je vous rappellerai », car le présent associé à un repère temporel précis lève toute zone d’ombre.

 

Faut-il utiliser l’impératif pour être directif ? 

Non. L’impératif donne un ordre et risque de braquer le client. Mieux vaut reprendre la main sur l’action sans la rejeter sur le client. On dit « je vous fais patienter un instant » plutôt que « Patientez un instant », et « quel est votre numéro de client, svp ? » plutôt que « Donnez-moi votre numéro ». La coopération remplace l’injonction.

 

Comment remplacer « j’aurais besoin de » ? 

Par « j’ai besoin de », tout simplement. Le conditionnel « j’aurais besoin de » paraît hésitant et affaiblit la demande. Le présent « j’ai besoin de » affirme le besoin clairement, sans agressivité. La netteté rassure le client et fait gagner du temps à l’échange.

 

La directivité linguistique rend-elle le discours trop sec ? 

Non, à condition de garder l’objectif en tête, qui est de rassurer, pas d’expédier. Le présent d’action rend la parole nette et engagée, sans la rendre froide. Associé à la politesse et à un ton posé, il renforce la relation plutôt que de la durcir. La directivité bien dosée respecte le client tout en le rassurant.

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